Réussir l’après-carrière : accompagner les sportifs vers un nouvel avenir
Publié le 24/03/2025
Véronique Barré, experte en reconversion professionnelle des sportifs de haut niveau, nous explique comment accompagner ces athlètes pour qu’ils trouvent leur place dans la société après leur carrière sportive. Elle nous parle de son rôle chez Ween Hub et des défis rencontrés par les sportifs dans cette transition essentielle.
Le parcours des sportifs de haut niveau ne se résume pas uniquement à des années de performances sur le terrain. Une fois leur carrière terminée, ils font face à une transition difficile, souvent marquée par des incertitudes sur leur avenir professionnel. Pour les aider à relever ce défi, certaines initiatives ont vu le jour. Véronique Barré, experte en accompagnement de sportifs, nous parle de son parcours et de l’importance de soutenir les athlètes dans leur reconversion. Découvrez son expérience et son approche unique dans cette interview.
Peux-tu nous parler de ton parcours et de ce qui t’a amené à accompagner les sportifs de haut niveau ?
J’ai un parcours assez classique, mêlant sport et études jusqu’à l’obtention de ma maîtrise. À 21 ans, j’entre dans le monde de la formation et du conseil, et à 23 ans, je crée ma première structure spécialisée dans la formation en entreprise sur les thématiques du management, de la communication, etc.
Par la suite, je poursuis un DESS en parallèle de mon activité professionnelle. Je finis par vendre ma première entreprise pour me tourner davantage vers le conseil, car je trouvais que la formation seule ne permettait pas une transformation suffisante. J’avais besoin d’une approche plus systémique. C’est ainsi que je co-fonde une société de conseil avec un associé québécois, axée sur le développement organisationnel, la conduite du changement et la stratégie.
Pendant tout ce temps, je continue à pratiquer mon sport à un niveau national, avec un entraînement quasi quotidien. Mais à 34 ans, mon corps me dit stop. Je n’ai pas écouté les signaux d’alerte et je me retrouve contrainte d’arrêter complètement, avec des soucis de santé qui durent trois à quatre ans avant que je retrouve un semblant d’énergie.
Quand je reprends une activité professionnelle plus intensive, je constate une évolution majeure : mon club, dans sa section masculine, est devenu professionnel. Autour de moi, mes amis sportifs vivent leur passion à plein temps, mais beaucoup s’inquiètent de l’après : « Comment ça va se passer une fois ma carrière terminée ? » Désormais, ils ne peuvent plus travailler ni étudier en parallèle, alors qu’ils ont une famille, des enfants…
C’est de cette observation qu’est née Trajectoire Performance. À l’époque, la question de l’après-carrière était taboue : si un sportif exprimait ses inquiétudes, il risquait d’être perçu comme voulant arrêter, ce qui était inconcevable pour lui comme pour son entourage. Pourtant, cette nouvelle organisation de la carrière sportive allait forcément poser problème à terme, en coupant les athlètes de la société pendant des années, avant qu’ils ne cherchent à y revenir. Nous étions au début des années 2000, et ce sujet était encore très peu abordé.
Autour de moi, mes amis sportifs devenaient professionnels… avec beaucoup de satisfaction, mais aussi beaucoup d’inquiétudes sur l’après.
Quel est ton rôle au sein de Ween Hub et en quoi ton expertise est-elle précieuse pour les sportifs en transition ?
Mon rôle au sein de Ween Hub a commencé bien avant sa création. Depuis longtemps, j’échange avec Benoît sur la nécessité d’informer les sportifs sur les dispositifs d’accompagnement existants pour les aider à gérer leur carrière à tous les niveaux. J’ai donc participé aux réflexions stratégiques dès le départ et je trouve ce projet essentiel.
Aujourd’hui, mon travail au sein de Ween Hub porte principalement sur l’accompagnement des sportifs dans leur transition de carrière. Je les aide à définir leur projet professionnel en réalisant un bilan de leur parcours. J’interviens aussi sur le programme Sports Compétences, un dispositif qui permet aux athlètes d’identifier et de valoriser les compétences développées dans le sport et transférables au monde de l’entreprise.
En parallèle, je sensibilise les différents acteurs du sport et de l’emploi à cette problématique. Les clubs ont un rôle à jouer dans l’accompagnement de leurs sportifs, tout comme les entreprises, qui sous-estiment encore trop souvent la richesse de ces profils. Elles perçoivent bien la singularité des sportifs, mais ne savent pas toujours comment exploiter et valoriser ces compétences.
Les clubs ont un rôle à jouer dans la transition des sportifs, mais aussi les entreprises, qui n’ont pas encore tout compris de ce qu’est un sportif.
Nous menons donc un travail d’acculturation auprès des entreprises pour leur faire comprendre ce qu’est un sportif de haut niveau, les aider à recruter ces talents et faciliter leur intégration grâce à du coaching d’intégration, aussi bien pour le sportif que pour son futur manager.
Selon toi, quels sont les principaux défis que rencontrent les sportifs lorsqu’ils préparent leur reconversion ?
Concernant les principaux défis auxquels les sportifs sont confrontés lorsqu’ils préparent leur reconversion, le premier selon moi est d’accepter l’idée de laisser derrière eux un métier qui les passionne. Il faut qu’ils parviennent à croire et à espérer que leur nouveau métier ne sera pas une « petite mort », une activité sans saveur, mais qu’ils pourront au contraire trouver une nouvelle passion, quelque chose qui les épanouira à nouveau. C’est précisément l’enjeu du travail que nous réalisons avec eux : les aider à définir un projet professionnel qui soit cohérent avec leur identité, leurs valeurs, et qui mette à profit leurs compétences et leurs points forts, afin qu’ils puissent s’y épanouir pleinement.
Retrouver un projet motivant qui donne envie de se lever chaque matin, afin d’éviter le mal-être ou la dépression après la fin de la carrière.
Le véritable défi, c’est donc de retrouver un projet professionnel motivant, un projet qui leur donne envie de se lever chaque matin. Un tel projet permet non seulement d’éviter une phase de dépression — que vivent environ 80 % des sportifs à la fin de leur carrière lorsqu’ils n’ont pas préparé cette transition — mais aussi de prévenir cette sensation de vertige qu’ils ressentent à la fin de leur parcours. En effet, quand un sportif arrête sa carrière, il se retrouve confronté à la perte de son identité, celle qu’il a construite pendant des années. Il n’est plus ce sportif qu’il était auparavant, et s’il n’a pas défini une autre identité, c’est une période très compliquée à traverser.
C’est pourquoi cette période de transition peut parfois durer plusieurs années. On parle de six, huit, voire dix ans pour qu’un sportif retrouve un projet et une stabilité professionnelle. Si cette transition est anticipée, réfléchie de manière structurée, et accompagnée, le sportif gagne de nombreuses années et évite un long chemin d’incertitudes et de mal-être. Retrouver une utilité dans la société est essentiel, et c’est souvent ce qui manque aux sportifs qui, après avoir gagné beaucoup d’argent, croient pouvoir se contenter de vivre de leurs économies. Mais, à terme, cela ne suffit pas : il leur faut aussi trouver leur place dans la société.
Parmi les autres défis, il y en a un majeur : trouver des formations qui respectent le rythme et les exigences de l’emploi du temps d’un sportif. Aujourd’hui, quelques écoles de commerce et certaines formations comme celles proposées par l’INSA ou d’autres écoles d’ingénieurs offrent des parcours aménagés, mais ces opportunités sont encore trop rares. Le défi est donc de pouvoir conjuguer projet sportif et projet académique. Enfin, il y a aussi la difficulté de convaincre son entourage, notamment son club ou son entraîneur, que mener un projet parallèle au sport n’est pas synonyme de perte de compétitivité, mais, au contraire, peut être un atout.
Convaincre son environnement (club, entraîneur) que faire autre chose à côté du sport n’est pas synonyme de perte de compétitivité, mais un atout pour le sportif.
Peux-tu partager une réussite ou une expérience marquante que tu as vécue en accompagnant un sportif ?
Parmi les réussites que j’ai vécues, il y en a plusieurs qui suivent à peu près le même schéma. Il s’agit d’accueillir un sportif qui, au départ, ne sait pas ce dont il est capable, ne sait pas ce qu’il veut, et qui se montre assez hésitant, voire timide, car il ignore ses atouts et ses ressources. Puis, lorsqu’il avance sur son projet, je pense notamment au programme “Sports Compétences”, où il prend le temps de travailler sur les compétences qu’il a développées au cours de sa carrière sportive, et sur le sens qu’elles peuvent avoir dans le monde de l’entreprise, les transformations sont souvent impressionnantes. Je pense notamment à une basketteuse que je suis en train d’accompagner. Au départ, elle ne savait pas du tout ce qu’elle pourrait faire, ni comment s’intégrer dans le monde de l’entreprise. Aujourd’hui, elle enchaîne les rendez-vous, multiplie les contacts avec des entreprises et se voit offrir plusieurs opportunités. La transformation est énorme : elle a retrouvé une confiance en elle incroyable et a gagné plusieurs années de carrière et de transition.
Elle a retrouvé une confiance en elle incroyable.
Quel conseil donnerais-tu à un athlète qui commence à réfléchir à son après-carrière ?
Concernant le conseil, je dirais qu’il est important de se faire accompagner s’il n’a pas lui-même une idée claire et motivante, fondée sur une réelle envie de ce qu’il souhaite faire par la suite. Je souhaite éviter le cas du comptable qui veut devenir comptable simplement parce que ses parents l’étaient. Donc, si le sportif n’a pas ce projet clair, du type ‘Moi, je veux être ceci ou cela’, il doit vraiment se faire accompagner.
Si le sportif n’a pas ce projet clair, il doit vraiment se faire accompagner.
Sinon, c’est très difficile d’avancer seul dans cette réflexion et d’aller vers quelque chose qui convient vraiment, et qui n’est pas simplement un fantasme, comme ‘Moi, je veux être chef d’entreprise parce que je n’ai pas envie d’avoir quelqu’un au-dessus de moi’. C’est une réflexion trop courte pour être solide, et cela peut mener à une désillusion.
Comme cela arrive souvent, le sportif se dit : ‘Je ferai ça après ma carrière’, sans y réfléchir vraiment. Puis, deux ou trois ans après, il se rend compte que ça ne lui plaît pas, qu’il n’en a pas les moyens, ou qu’il ne sait pas comment s’y prendre. À ce moment-là, c’est difficile pour lui, parce qu’il se retrouve sans soutien et sans savoir comment avancer. Le conseil serait donc, si le sportif n’est pas sûr de ce qu’il veut faire, de se faire accompagner pour clarifier son projet. Et s’il ne se sent pas compétent, ou qu’il a l’impression de ne rien savoir faire, il doit aussi travailler sur les compétences qu’il a développées, car cela peut être un facteur de transformation véritablement puissant.
Merci à Véronique pour ce témoignage.
L’accompagnement des sportifs de haut niveau dans leur reconversion est un enjeu majeur, tant pour leur bien-être que pour leur réussite professionnelle après la fin de leur carrière. Comme le souligne Véronique Barré, il ne s’agit pas seulement de les aider à trouver un emploi, mais de leur permettre de se redéfinir, de retrouver une place et un sens dans la société. Ce parcours, souvent semé d’embûches, nécessite un accompagnement personnalisé, un travail de réflexion sur leurs compétences et un soutien pour bâtir un projet professionnel qui leur ressemble. Chez Ween Hub, cette approche vise à offrir aux athlètes les clés pour réussir cette transition et s’épanouir dans un nouveau chapitre de leur vie. La reconversion, loin d’être un obstacle, peut ainsi devenir une véritable opportunité de croissance et de réinvention.